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La scène sur Rhône : My Thud Unite Area

Matthieu Reynaud n’est pas un technicien de surface. Musicien aventureux, risque-tout, et baroudeur cataphile, il aime prendre l’underground au pied de la lettre et le cueillir sous la racine. Détrompez-vous, agoraphobe et claustrophobe ne rime pas tant.

« Un escalier de fer, un couloir étroit et obscur. Au fond de ce couloir, une porte entrouverte d’où nous parviennent les accords d’une musique qui en ce lieu paraît irréelle. » Daniel Gélin n’aurait pas cru si bien nous guider, une cinquantaine d’années plus tard encore. N’en déplaise – ou pas – aux rappeurs sudistes qui les premiers détournaient ces paroles, l’introduction ici samplée ne mènera pas cette fois aux douves du château noir où flotte leur étendard ; ce sombre drapeau. Non, Matthieu n’est pas le fils de Jaffar, ni même le sale rejeton de Dark Vador. Né de parents tenanciers de bar et de bonne réputation, c’est pourtant lui que nous risquerions de trouver ici, dans ce décor énigmatique. Vingt mille lieues sous les mers? Non plus. Mais au moins quelques mètres sous terre.

Matthieu, « avec deux T », fut d’abord deejay. Comme à l’accoutumé. Aujourd’hui, passer des disques ne le préoccupe plus vraiment. Les plaques, il les connaît toutes, ou presque, quand bien même il n’en possède aucune. Alors que beaucoup les posent, les poussent, lui préfère les cartographier, les soulever, ou même les démonter, les dessouder. Si nécessaire.

Son territoire s’étend au-delà. Ou plutôt, en deçà. Loin du matérialisme, Matthieu voyage léger et le bagage réduit : un crochet d’escalade ou une fourche de vélo customisée suffirait presque. Au fond, c’est la carrure qui importe le plus. 1m81, 95 kilos, et une poigne de fer… L’homme a la charpente solide, les épaules balèzes et les oreilles bien aiguisées.

Son inspiration est hypogée. C’est au niveau du sol que se termine son fief. Là où certains reposent en paix, il s’active, s’affaire à satisfaire sa quête. Une maxime dit : « Il n’y a rien dans les catacombes, à part ce que tu y amènes. » Alors Matthieu y emporte son zoom et, ainsi armé, il chasse les rares matières sonores obstruant le silence. Car oui, en bas, là où il ne fait ni chaud ni froid, le calme règne et l’atmosphère apaise. Mais ça ne le dérange pas, bien au contraire.

Il aime le vide, redoute la foule, et apprécie la solitude. L’isolement lui accorde la méditation et le recueillement est une étape indispensable à ses yeux, avant la création. C’est donc au sortir de cet espace de liberté – véritable interstice, spatial et temporel – que My Thud Unite Area s’exprime, via ses compositions. De la Techno grottesque, « avec deux T » toujours, ne vous méprenez pas… De l’ambiant caverneuse et matièrée, comme on dit dans le milieu. Sa musique, il tient à la garder impersonnelle. Transmettre ses propres émotions ne l’intéresse pas. Il préfère laisser son auditoire y exprimer les siennes. La question du contexte le préoccupe bien plus. Selon lui, elle compterait pour moitié, et ce, dans chacune de ses représentations. Alors, lorsqu’il s’agit de jouer, il fait descendre son public, plutôt que de le faire monter. En bas, dans sa zone unitaire de bruit sourd, l’échange est plus intime, le huis clos exacerbe les relations. L’illégalité rapproche et rend complice, comme dans les Rave jadis. Si tout fonctionne comme il l’entend, l’effet perçu doit s’approcher des sensations d’une prise de stupéfiants ; sans pour autant faire du concert une fugue, une fuite ou une échappatoire. L’idée n’est pas de s’abandonner, mais bien de se retrouver.

La première fois, c’était dans un tunnel, mortifère au possible, une maigre centaine de confidents à ses côtés. Depuis, Matthieu ère de nouveau, et veille, le soleil couché, à la recherche d’un autre lieu. « Les indécis sont avertis : qu’ils se méfient de la seule étoile qui se fond dans la nuit. »

 

 

Lien : My Thud Unite Area sur Soundcloud