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les lignes sensorielles de romi cali

À l’occasion du lancement de Seasonal Cuisine #2, nous avons rencontré le duo de graphistes à l’initiative de ces éditions à la bouche fine. Derrière le nom de romi cali, la fusion de deux esprits :  le raisonnement de Rosalie Wagner et l’intuition de Camille Boileau. Ensemble, elles produisent un graphisme qui invite nos récepteurs sensoriels à s’activer. La substance de romi cali se touche, se déguste, se renifle et ça tombe bien, ce jeudi au Mondrian, on pourra toucher le papier, voir l’exécution d’un plat et le savourer. 

Racontez-nous votre rencontre. Comment avez-vous commencé à travailler ensemble ? 

Rosalie : On s’est rencontrées en BTS il y a 6 ans à la MartinièreDiderot, on a donc appris ensemble les bases du graphisme. Nos projets scolaires étaient très différents, mais nous avons toujours échangé en tant qu’interlocutrices privilégiées. J’ai poursuivi mon cursus aux Beaux-Arts de Lyon tandis que Camille est allée en DSAA à Toulouse avant de partir travailler à Montréal. 

Camille : En rentrant du Canada, j’avais envie de me mettre à mon compte, j’ai commencé à travailler en tant que freelance pendant 6 mois. La décision de s’associer était une évidence, nos profils sont très complémentaires et à deux nous sommes plus solides. Il est difficile pour une femme qui débute d’évoluer seule dans ce milieu, et Rosalie avait besoin de se lancer dans la vie active en parallèle de ses études. Rosalie a développé l’aspect théorique du projet pendant que je me concentrais sur la création de notre réseau professionnel.

Qui est romi cali ?

Rosalie : L’idée du nom est venue assez naturellement, c’était une manière mélodieuse d’associer nos deux prénoms. C’est aussi l’association de la typographie mécanisée et de la calligraphie qui se réfère à une écriture manuscrite. Le nom romi (romain) cali (calligraphie) réunit la machine (le lisse) et le manuel (l’aspérité) qui sont des problématiques qu’on retrouve aussi dans le travail de Camille et dans l’esthétique de plusieurs de nos projets. 

 Comment fonctionne votre duo ? On peut lire sur votre site que vous avez chacune des affinités particulières au texte et à l’image, expliquez-nous.  

Rosalie : On a chacune une manière très différente de penser. Même dans nos recherches; j’aime faire des listes de mots alors que Camille crée des piges d’images.

Camille : Pendant mon diplôme, j’ai réalisé le projet Les trois grâces, un mélange de photos, de photomontages et de dessins. C’est à ce moment précis que j’ai pris la décision de me spécialiser dans la direction artistique d’image : illustrations, lookbooks, retouches photo… Rosalie se penche davantage sur l’édition, la mise en page et le dessin de caractère. On a chacune développé un œil technique selon nos pratiques, chacune possède son domaine d’expertise. Mais cela n’empêche pas Rosalie de participer à l’image, et moi à la mise en page, le travail est tout de même partagé. 

Sur romicali.com, vous nous proposez trois menus : Office, Studio et Workshop. Quelle est la particularité de chacun d’entre eux ? 

Rosalie : Quand on a créé romi cali, on a cherché à se positionner par rapport au métier de graphiste. Ce qui nous caractérisait, en tant que graphiste, était la relation au travail et à l’autre qu’il s’agisse d’un client, d’un collaborateur ou d’un associé. Notre projet possède une dimension transversale allant de la commande traditionnelle en design (Office), au travail collaboratif qui correspond à la partie Studio où nous développons un projet commun avec des personnes extérieures à romi cali. L’espace Workshop correspond à notre pratique personnelle et exclusive. Nous y privilégions l’auto-édition, papier ou textile. Cette façon d’appréhender le travail correspond davantage à notre personnalité. 

En quoi consiste votre projet Seasonal Cuisine ? 

Rosalie : Seasonal Cuisine est une série d’éditions que l’on a auto-initiée. Camille a commencé par travailler sur la mise en tension du « naturel » et de « l’artificiel » avec des pétales de lys, puis des peaux de banane. De mon côté, cela fait longtemps que j’accroche de grandes feuilles sur lesquelles je note les ingrédients que j’utilise lorsque je cuisine. L’écriture sur une feuille au brouillon donnait un côté plastique intéressant, j’ai essayé de les adapter en affiche avec la typographie que je dessine pour notre identité. Nous avons décidé de rapprocher nos recherches, car nous étions dans une même dynamique formelle. 

On a commencé par réadapter les recettes pour les éditer dans un journal. Camille a réinterprété ces listes d’ingrédients avec le collage photo. On s’est dit que ce serait pertinent de sortir cette édition à chaque saison pour voir l’évolution de notre pratique. Chaque saison trouve son format. Nous concevons la typographie, les images et les recettes. Nous tenions à être auteures de tous les éléments composites de l’édition. 

Camille : Ce projet est un projet vitrine à faible tirage qu’on utilise aussi pour communiquer sur romi cali. Il a été relayé sur Clik Clik, Étapes et Collectif Blanc. C’est un espace de liberté, un prétexte à l’expérimentation et à la rencontre. Le premier était un journal, le deuxième qui paraîtra jeudi, est un ensemble de 5 cartes postales. 

Pourquoi avoir choisi des lieux comme le Mondrian ou Mademoiselle Major pour soutenir et promouvoir ce projet ?

Camille : Le chef du Mondrian nous a fait une recette exclusive. Piet fait partie de Frigo, un groupe d’artistes plasticiens des années 80. Il a donc un pied dans l’art et un autre dans la cuisine. C’est un interlocuteur en mesure de comprendre Seasonal Cuisine. Il a sélectionné des ingrédients dont les couleurs et les formes sont finalement très goûteuses. Il a pensé la recette davantage à travers le visuel qu’à travers le goût. 

Rosalie : Mademoiselle Major est plus qu’une boutique de créateurs, c’est un véritable lieu de diffusion du design lyonnais et Julie, l’instigatrice du projet, est aussi une amie. Son réseau réunit aussi bien le monde de l’art que celui de la mode, ce qui va dans notre sens.

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Le projet Icing a été développé avec Margaux Nicaise, une designer textile avec qui Camille a conçu une édition limitée de carrés de soie. Comment s’est déroulée votre collaboration ? Allez-vous réitérer l’expérience ?

Camille : Nous avons conçu le projet Icing en plein hiver. Nous nous sommes inspirées de la transformation des végétaux par le froid : le glaçage, le recouvrement par le gel et les cristaux. Nous avons produit une collection de carrés de soie composée de 40 exemplaires et de 6 modèles différents. Le but de créer une édition limitée n’est pas de créer un objet rare, mais de composer avec nos moyens. 

Cet été, nous sortons une collection de paréos que nous avons appelée Pool Party. Les paréos mesureront 1,2×1,5 mètre, 100% voiles de coton fabriqué à Lyon.

Parlez-nous de votre collaboration avec Papier Machine. Qui sont-ils et pourquoi avoir choisi de collaborer avec eux ? 

Camille : J’ai fait mon stage de DSAA avec Tom Henni, designer graphique et illustrateur. Par son intermédiaire, j’ai rencontré sa soeur Bettina et Alexis Beauclair, deux dessinateurs qui ont fondé Papier Machine, une micro-imprimerie qui utilise la technique de la risographie. Depuis, on travaille régulièrement avec eux dès que la risographie nous paraît pertinente pour un projet. On apprécie le côté « matiéré » et la qualité des couleurs de cette technique. C’est une manière d’explorer d’autres techniques d’impression qui ne sont pas forcément les plus classiques. 

Sur quoi travaillez-vous en ce moment ? 

Rosalie : On travaille sur la conception d’une collection de foulards pour hommes avec Margaux. Lédition automne-hiver de Seasonal Cuisine est dans les rouages en collaboration avec Camille Trapier et Théo Duporter jeune binôme d’artistes qui allie sculpture, installation, performance et cuisine. On aimerait faire un livre plus ambitieux dans lequel on travaillerait principalement l’image ; ce sera peut-être l’occasion de collaborer avec le photographe Steven Mazzola. Le livre réinterprétera la conception d’un menu et le déroulement d’un repas (mise en bouche, entrée, plat, dessert) avec une forte dimension cinématographique. L’idée serait de disséquer le processus de cuisine et de dégustation.

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J’ai pu voir que le projet Space Poetry n’était pas achevé, est-il toujours en gestation ? 

Camille : Space Poetry sont des images que j’ai faites en rentrant du Canada, quand je me suis remise à expérimenter. Workshop est un espace qui laisse aussi la place à ce genre de pratique. On s’autorise à mettre en avant des projets à l’état de recherche ; ils ne sont pas nécessairement aboutis, mais c’est une source d’inspiration, notamment pour Seasonal Cuisine. Il s’agit d’une recherche intuitive, le motif des peaux de banane me faisait penser à une galaxie, c’était l’inspiration du moment.

Rosalie : C’est encore un point sur lequel on est complémentaire; Camille a un rapport très intuitif à la matière plastique, tandis que je travaille dans une recherche de sens et de cohérence, je prends le temps de conceptualiser avant de réaliser. Les projets de Camille prennent davantage leur sens après leur création. 

Un petit mot concernant l’évolution de romi cali ?

Camille : On aimerait davantage développer l’auto-édition textile et papier via la création d’une boutique en ligne romi cali. Ce projet se concrétiserait à travers la création de notre propre maison d’édition. Margaux Nicaise (designer textile) va bientôt intégrer romi cali. On aimerait créer notre propre marque de vêtements, ou plutôt « d’habillement » avec des foulards, carrés de soie, paréos, papier peint. Margaux qui travaille les techniques de tissage, va développer le côté recherche en matière textile, son travail est très axé sur la haute couture. Elle affirmera la direction mode de romi cali

Rosalie : En parallèle, on souhaiterait répondre à des projets de commande qui demandent de construire sur la durée une identité graphique forte et une relation approfondie avec un client. Dans la partie Office, on aimerait avoir des clients qui travaillent dans la presse culturelle ou la musique ; des gens qui éditent régulièrement des objets singuliers. En fait, on souhaiterait appliquer la méthode de travail que nous avons développée avec Seasonal à un projet de commande.

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Découvrez la sélection de travaux de romi cali dans la Galerie

Lancement de Seasonal Cuisine #2, jeudi 2 juillet au Mondrian

– 1 quai Claude Bernard Lyon 7e – de 17h30 à 20h30

https://www.facebook.com/events/1060228334004563/

http://romicali.com/