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European Lab : un pendant réflexif au festif

Forum European Lab du 4 au 6 mai 2016, Musée de la Confluence, Lyon.

Donner une définition brève et précise de l’European Lab n’est pas chose aisée. Bien que l’on puisse parler du Think Tank des Nuits sonores, la structure pilote des projets divers mais tous liés. En 2009, année de sa création, l’objectif premier fut de répondre à la problématique suivante : quel est le rôle d’un festival sur son territoire ? Et plus particulièrement, quel est le rôle de Nuits Sonore sur sa localité ? Néanmoins, très vite, le champ du débat s’est élargi. Le Lab, que l’on pourrait qualifier de plate-forme de réflexion à destination des jeunes, futurs professionnels et entrepreneurs du monde culturel, est sans aucun doute un espace de débats et de réflexions. En effet, cet espace questionne les enjeux culturels, politiques, économiques de notre société, des festivals et de la culture européenne de demain.

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Charlotte et Meryl programmatrices d’European Lab © Igo Studio

À la recherche de réponses sur la nature même du projet d’Arty Farty, j’ai rencontré Charlotte et Meryl afin de creuser l’histoire de cet OVNI qu’est l’European lab, leurs projets en cours, leurs vision et réflexion autour du monde des festivals. Les deux jeunes femmes sont attentives, s’écoutent, et paraissent complémentaires. Ce sont des bosseuses qui savent où elles vont et qui aiment poser le débat ; animées par un besoin de réponse de plus en plus urgent, elles nous décrivent cet état général qui s’est propagé après les attentats du 7 janvier et du 13 novembre. Le sentiment de l’échec de nos expériences passées semble faire renaître le désir de penser notre monde. L’European Lab a au moins cette ambition, celle de redonner une lueur d’implication à notre apathie séculaire.

« Le contexte politique dans lequel on vit, appelle à la réflexion et au débat.» Meryl

Tout d’abord, festival pro, le Lab s’adresse désormais à la jeunesse et à la nouvelle génération de l’entrepreneuriat culturel. Très vite, le forum s’ouvre à un public varié : des professionnels du monde de la musique aux visiteurs curieux et avides de penser notre monde, sa crise, sa transition. L’European lab devient donc un forum d’idées ouvert à tous, dont le dessein est de réfléchir aux métamorphoses culturelles et sociétales.

« C’est une plate-forme à destination des jeunes du territoire. Elle cherche à leur proposer une ligne éditoriale, pour les emmener vers une réflexion globale sur le rôle de la culture et de l’Europe de demain. » Charlotte

 

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Alain Damasio

Jérémy Rifkin, Edwy Plenel, Nan Goldin, Richard Stallman, etc. Bon nombre de personnalités ont eu l’occasion de discuter sur de multiples sujets d’aujourd’hui, ou de demain. Cette année, la 6e édition  du forum nous offre une programmation plurielle et pointue. On retrouve l’écrivain d’anticipation Alain Damasio, le « penseur » Raphaël Glucksman, la surprenante Paula Temple, Ibrahim Nehme de la plateforme libanaise The Outpost, la hackeuse politique et fondatrice du parti pirate islandais, Birgitta Jónsdóttir et notre James Bond girl internationale, la surprenante Sarah Harrisson, bras droit de Julian Assange ; elle n’est autre que la jeune et talentueuse allemande qui a sorti Edward Snowden de Hong Kong pour l’exfiltrer à Moscou.

La programmation est dense, et la majorité des thématiques socioculturelles qui animent notre société est abordée. Autrement dit, vous n’aurez pas de mal à trouver une conférence, projection ou même atelier auquel participer. De la ville au numérique, en passant par l’innovation ou la politique, les trois jours de conférences et de rencontres balaient les rapports entre nos sociétés, nos cultures, et l’entrepreneuriat. C’est cet entrepreneuriat culturel européen qui y est mis à l’honneur, entourant une série d’enjeux contemporains fondamentaux. « Dans notre ADN, les membres d’Arty Farty, nous sommes tous profondément europhiles », ajoutent-elles. Le volet politique y est très important : avec des invités tels que le directeur de la SACEM ou de l’ADAMI, le Lab entend aussi recréer un lien, trop longtemps rompu, entre acteurs culturels et institutions publiques.

« Dans notre ADN, les membres d’Arty Farty, nous sommes tous profondément europhiles »

Le visiteur sera, durant trois jours, amené à choisir entre une vingtaine de conférences et une quinzaine d’ateliers, formations, ou rencontres à l’intention des professionnels. Un Hackathon* de 48 heures sera organisé en partenariat avec l’école Simplon, Science Po Lyon… Et de nombreux talentueux codeurs. La mémoire vive y sera questionnée : comment créer, partager, rendre visible et utile le souvenir des mouvements citoyens ?

Le format documentaire sera également mis à l’honneur : deux projections cinématographiques se dérouleront le vendredi (jour 3). D’une part, « A Good american » un documentaire sur le lanceur d’alerte qui a permis au monde d’être informé d’un scandale lié à la NSA. L’œuvre, projetée en avant-première, reproche aux services américains d’avoir détruit un programme performant et très peu coûteux de prévention des actes terroristes. Le programme ayant été détruit trois semaines avant le 11 septembre 2001, la polémique fut ouverte. Une seconde projection mettra l’Égypte sous les projecteurs, avec l’avènement de l’électro chaâbi dans l’ère post Moubarak.

Pour les amoureux de conférences avec des personnalités qui ont de la suite dans les idées, on retrouvera une conférence sur l’humanisme numérique (jour 1). Le numérique sera mis en abyme via le prisme de la reconquête démocratique, et de son impact global sur le monde. Elle traitera sous l’angle socio philosophique des enjeux du web et du big data. Une autre conférence qui a su retenir notre attention a pour sujet la société civile au secours de la politique et de l’Europe (jour 1). Elle est animée notamment, par l’unique élue parlementaire du Parti Pirate islandais, Birgitta Jonsdottir, et par Andreas Karitzis, un des fondateurs avec Yanis Varoufakis (ex-ministre des Finances grec) du mouvement européen DIEM25 (Democraty In Europe Movement 2025). Les initiatives citoyennes n’arrêtant pas d’émerger, la société civile serait-elle le fer de lance de cette mutation ? Faisant écho à la précédente édition, aura lieu une rencontre autour des nouveaux médias dans les pays en Crise (jour 2). On retrouvera le fondateur d’Outpost (Liban), la fondatrice de Kosovo 2.0, ou l’initiateur de Krytyka Polityczna (Pologne). Ces médias nouvelle génération, seraient-ils l’une des clefs de la renaissance démocratique ? Nés dans des pays écorchés vifs par tant d’années de crise, les néojournalistes représentent-ils une solution à cette période de rupture et de flou politique ?

Paula Temple © Tania Gualeni

Paula Temple © Tania Gualeni

Autour du phénomène de la scène queer, on aura le plaisir de voir les Berlinoises Peaches et Paula Temple, ainsi que Chantal la Nuit (Garçon Sauvage) : la scène queer, simple fait social ou révolution culturelle ? Les thématiques liées aux pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ne sont pas oubliées, avec entre autres une conférence sur les femmes dans le monde arabe (jour 3). Sur un versant plus littéraire, Damasio et quatre autres auteurs plancheront sur la désincarcération de la culture (jour 3). Et dans le cadre des années croisées, la scène culturelle et indépendante de Séoul débattra sur la ville du futur lors de la conférence Toward an open city : Séoul (jour 3). On pourra y entendre des artistes tels que Taeyoon Choi, fondateur de l’école school for poetic computation. L’école new-yorkaise explore les carrefours entre codes, design, hardware, et théorie avec l’art comme trame directrice de leur travail.

L’European Lab et les Think tanks rattachés aux festivals, comme We love Green, Sonar, ou Resonate ont également été porteurs de pérennité pour ces événements festifs. Ils ont, avec le temps, légitimé des pratiques considérées comme marginales et hantées par le spectre, dans le cas français, de la répression politique des années 80 et 90. Pour reprendre les mots de Meryl : 

« À un moment, une bascule s’est opérée dans les regards que portaient les institutions publiques. De punks faisant des teufs dans des hangars, on est devenu une structure indépendante faisant des projets innovants. »

 

Sarah Harrisson

Sarah Harrisson

* Un hackathon est un événement où des développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative, sur une durée déterminée, souvent plusieurs jours.